Capitaliser n'est pas faire dormir

On reproche aux fonds de dotation de laisser l'argent dormir. Le reproche touche une réalité, mais vise mal sa cible : il confond le capital qu'on ne pilote pas et le capital qui produit, année après année, de quoi soutenir une cause.

On reproche aux fonds de dotation de laisser l'argent dormir. Trente à quarante pour cent d'entre eux seraient inactifs. Le reproche revient régulièrement, il alimente les soupçons et il justifie les appels au contrôle. Il faut le prendre au sérieux, car il touche à une réalité. Mais il vise mal sa cible.

Commençons par concéder le fait, car il existe. Oui, des fonds dorment. Oui, c'est un vrai problème. Oui, il mérite le contrôle qu'on lui annonce. Un capital donné qui ne sert jamais aucune cause, qui s'accumule sans décision et sans destination, est une anomalie, et il est légitime de s'en inquiéter. Sur ce point, rien à contester. Refuser cette réalité ne servirait qu'à donner raison aux soupçons.

Mais le mot dormir recouvre deux phénomènes que l'on ferait bien de distinguer. Il y a le capital qui ne fait rien, sans décision, sans pilotage, sans destination. Et il y a le capital qui produit chaque année de quoi soutenir une cause, sans avoir encore été entièrement distribué. On les confond sous le même verbe. Ce sont deux choses opposées.

Pour le comprendre, il faut distinguer deux manières d'employer un capital donné. La première est de le consommer. On distribue, le capital se vide à mesure, et le jour où il est épuisé la cause n'a plus rien. La générosité a été intense, puis elle s'est éteinte. La seconde est de le capitaliser. Le capital reste, il est placé, et c'est son fruit qui irrigue la cause, année après année, sans que le principal ne s'épuise. Donner une fois pour donner longtemps. Ce n'est pas une générosité moindre. C'est une générosité qui dure.

Une précision s'impose ici, car elle est décisive. Ce capital n'est plus celui du donateur. Au jour du don, il est sorti définitivement de son patrimoine pour être affecté à l'intérêt général. Le faire fructifier n'est donc pas un placement patrimonial, c'est la bonne gestion d'un bien désormais voué à une cause. Le fruit ne revient pas au donateur. Il revient à la cause. C'est toute la différence entre faire travailler une dotation et faire travailler une épargne.

Un capital peut être patient sans être endormi, à condition d'être gouverné.